Mme Fioraso adore le portugais...

Cap Magellan

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Mme Fioraso adore le portugais...

La Ministre française de l'Enseignement supérieur et de la recherche "adore" le portugais mais ne souhaite pas le voir enseigné dans les universités françaises...

C'est ce qui ressort d'une entrevue concédée par Mme  Geneviève Fioraso à Mediapart (texte en lien à la fin de l'article) qui montre, comme sur d'autres points de la même entrevue, qu'elle connaît bien mal la situation des enseignements de langue en France. Dans la plupart des universités françaises, le portugais est enseigné parmi beaucoup d'autres comme langue instrumentale (non-spécialiste) à des niveaux allant du Grand Débutant au niveau B2. 

Cet enseignement est réellement indispensable car de plus en plus les entreprises, mais aussi les laboratoires de recherche, les formations les plus diverses demandent à avoir des spécialistes capables de travailler avec le Brésil, l'Angola ou autre pays lusophone. La coopération universitaire franco-brésilienne a d'ailleurs le vent en poupe et le Brésil vient de créer  un très vaste programme de formation internationale de ses étudiants: Science sans frontières. Chaque année, près de 4000 étudiants viendront étudier dans les universités françaises (comme dans bien d'autres pays). Il ne s'agit pas bien entendu d'échange ou d'aide : l'étudiant brésilien recevra de son pays une bourse, mais aussi le coût de ses frais d'inscription, d'un cours intensif de français avant la rentrée et l'université qui le recevra bénéficiera aussi d'une indemnité forfaitaire pour couvrir un tutorat spécifique au cours du premier semestre, ainsi que les frais de gestion de sa scolarité.

Au Brésil, on apprend le français à l'université. Bien sûr, moins qu'autrefois lorsque le français était la première puis la deuxième langue étrangère choisie par les étudiants. Aujourd'hui l'anglais, évidemment, et l'espagnol (Mercosud oblige) ensuite, sont partout. Mais le français n'est pas loin. Et pourtant il s'agit d'une langue bien moins parlée dans le monde que le portugais, n'en déplaise à Mme Fioraso.

L'enseignement du portugais en France est en franche régression depuis plusieurs années : les concours d'accès au professorat se sont raréfiés puis ont disparu. Et pourtant c'est la langue qui vient "spontanément" à la mémoire de Mme Fioraso comme exemple de formation à rationaliser en ne l'offrant que dans quelques rares universités! On oblige déjà les collégiens et les lycéens à se déplacer pour des cours du mercredi après-midi qui regroupent les élèves de portugais de plusieurs établissements. Fera-t-on de même pour les étudiants, avec les conséquences prévisibles, de raréfaction grandissante, voire de disparition complète? Après tout, la France a-t-elle besoin de parler à la 6e puissance mondiale dans sa langue? Il suffira de parler tous en anglais et les échanges en seront simplifiés... oui, bien sûr, le français aussi disparaîtra... mais on est rationnel ou on ne l'est pas! 

Quant aux universités qui offrent des formations spécialisées en Langues, Littératures et Civilisations Etrangères : Portugais ou en Langues Etrangères Appliquées (et elles sont loin d'être majoritaires), elles ont presque toutes choisi des formations bilingues, évidentes pour le LEA, souhaitables pour le LLCE. Car déjà en Grande-Bretagne et dans d'autres pays, un professeur de Langues doit pouvoir en enseigner deux. Et pourquoi pas trois?

Et après tout a-t-on vraiment besoin de connaître Fernando Pessoa, Camões, Machado de Assis, Jorge Amado... A-t-on besoin de comprendre la langue et la culture pour apprécier Chico Buarque ou Cesária Évora?

Il restera toujours les quelques mots chantés en portugais par les pratiquants de la capoeira...

Pourtant il existe en France des chercheurs de la langue et de la culture de langue portugaise qui dispensent un enseignement de qualité, qui publient, qui forment des maîtres et des docteurs. Ils publient et sont lus dans le monde entier, comme en témoigne le nombre de lecteurs d'une revue comme Plural Pluriel, revue des cultures de langue portugaise (voir la saisie d'écran jointe) qui oscille, selon les jours, entre 250 et 700.

Les lusophones de France et de Navarre, et ceux qui aspirent à l'être, remercient Mme la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche de son "adoration" et l'engagent à s'informer vraiment avant de citer des exemples à l'emporte-pièce.

Télécharger l'interview de Geneviève Fioraso par Médiapart (pdf)


Source : Idelette Muzart - Fonseca dos Santos et Médiapart




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